CURTIS TUÉ EN QUAD DURANT UNE COURSE-POURSUITE ?

« Théo et Adama nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna couraient », disait un texte sur lequel Curtis et ses camarades avaient travaillé deux semaines avant sa mort. Désormais, son nom viendra compléter la liste de ces jeunes gens tués au cours d’un contrôle de police ou au cours d’une course-poursuite. Pourtant un arrêté ministériel interdirait aux forces de l’ordre de poursuivre les quads et les motos depuis le drame de Villiers-le-Bel. En effet, le 25 novembre 2007, deux adolescents, Moushin Sehhouli, Larami Samoura, avaient perdu la vie dans la collision accidentelle entre leur moto et une voiture de police.

Vendredi dernier, comme à leur habitude lorsqu’ils ne sont pas en cours, les jeunes adolescents s’échangent un quad. Et cela faisait déjà une semaine que Curtis, 17 ans n’avait pas conduit l’engin. Ce jour-là, il disait alors à ses camarades, « c’est mon tour », rappelle un d’eux. Il était 17h40 quand Curtis est allé faire le plein à la station essence du coin. Au loin, une équipe de la Brigade anti-criminalité d’Antony l’aperçoit et s’approche pour le contrôler. Le jeune, dépourvu de casque prend la fuite, et là s’engage alors une course poursuite avec les forces de l’ordre. Quelques minutes plus tard, « amorçait un virage, il percutait violemment le côté gauche du bus et était éjecté de son engin. Arrivés sur place, les policiers et des témoins lui portaient les premiers secours et les pompiers intervenaient rapidement. Le jeune homme hospitalisé dans un état grave est décédé au cours de la nuit », selon le récit du procureur de la République de Nanterre.

Une version que des témoins vont bien vite contester. Des témoins présents dans le bus que le jeune homme a percuté ont donné d’autres versions. Selon Jennie, 17 ans, « avec des amies, nous avions pris le bus Paladin à Antony à 17h30 et quand nous sommes arrivées vers les Baconnets, j’ai vu un jeune perdre le contrôle de son quad. Il a été projeté la tête contre la vitre du bus pendant que son quad est allé se retourner un peu plus loin. Il était suivi d’une voiture grise qui s’est garée au milieu de la route quelques secondes après l’accident (…). La voiture grise roulait à fond derrière le quad. Ils devaient être à 70 km/h. Au début, je ne savais pas qui c’était, mais après l’accident un homme est sorti de la voiture et j’ai tout de suite vu son arme à la ceinture. Ce qui est certain, c’est que la voiture de police poursuivait le jeune sans gyrophare ni sirène allumée ». « La Bac ne l’a pas percuté, j’étais sur place et il s’est mangé un bus après une course avec une voiture » publiera un autre témoin sur Facebook.

« Curtis perdait beaucoup de sang. Après avoir fait évacuer le bus, le chauffeur est allé aider la victime avec d’autres passagers. Ils essayaient de trouver quelque chose pour arrêter l’hémorragie. La police est ensuite venue aider », poursuit Jennie. Après l’arrivée des secours, le jeune homme est décédé dans la nuit de vendredi à samedi. « Vendredi soir, les jeunes étaient rassemblés pendant que Curtis était hospitalisé. Lorsque l’annonce de son décès a été faite, l’un d’entre eux a éclaté en sanglots et a pris à partie un policier en lui criant qu’il avait « tué son frère ». Le CRS a répondu : « va chialer ailleurs ! Je n’ai pas pleuré moi, quand vous avez tué mon frère sur les Champs-Élysées » ». On croirait que c’est un règlement de comptes entre les forces de l’ordre et les jeunes de banlieue.

Samedi, lors d’un rassemblement, la famille, les amis, les habitants des quartiers alentours et l’équipe enseignante de Curtis R., scolarisé en première au lycée Jean Perrin de Longjumeau sont venus rendre un dernier hommage à Curtis au pied de l’immeuble dans lequel il a vécu avec sa famille à Massy-Opéra. Alors que la presse et les internautes s’évertuent à salir la mémoire de la victime, ceux qui l’ont vraiment connu témoignent de respect en sa mémoire. « Ce n’était pas un caïd, ni un malfrat », « C’était juste un mec bien, qui a eu le malheur de croiser les cow-boys d’Antony », lâche Mehdi, 21 ans. « C’était ce genre de garçons qui venait t’aider à porter tes courses », ajoute Sarah. « Il était très apprécié dans son quartier, mais aussi au lycée. Il était très respectueux. C’était la star de toutes les filles et le pote de tous les garçons », témoigne une enseignante qui ne manque pas de souligner la détermination et le progrès du jeune Curtis dans les études.

Face à cet énième drame mettant en cause la police, la haine s’élève dans le cœur des jeunes de banlieue. Les parents de Curtis, eux ne souhaitent pas se laisser envahir par ce sentiment dévastateur, et ne cessent d’appeler les jeunes au calme, car « la violence ne ramènera pas mon fils à la vie » tonnera son père. Il souhaite juste son fils repose en paix et que sa mémoire soit respecté. Un respect que n’a pas su lui accorder la presse qui a dévoilé la photo du jeune lycéen à moitié mort, quand la famille ne souhaitait pas qu’on voie son visage. Une habitante a alors contacté le journal pour qu’ils la retirent. En vain. « Ils ne voulaient rien entendre. J’ai dû déranger la famille en plein deuil et une cousine a demandé le retrait de la photo. Ils ont refusé et ont seulement accepté de flouter le corps de Curtis au bout de deux heures d’échange ».

Tout ce mépris pour un peu plus d’audience ? Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de la mort de la Curtis.

Une page Facebook a été créée « Vérité pour Curtis. »

NegroNews

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