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[HOMMAGE] 28 MAI 1802: DECÈS DE LOUIS DELGRÈS, FIGURE EMBLÉMATIQUE DE L’HISTOIRE DE LA GUADELOUPE

Louis Delgrès est né le 2 août 1766, à Saint-Pierre (Martinique) et décédé le 28 mai 1802, Grand Parc – Saint-Claude (Guadeloupe).
Officier rebelle et opposant déterminé au rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe en 1802, il fut l’un des personnages les plus prestigieux de l’histoire de la Guadeloupe.
Il sert dans l’armée des républicains français à la Martinique et accède en 1793 au grade de Capitaine à titre provisoire.

Après avoir été fait prisonnier par les Anglais, envoyé en Grande-Bretagne, il est en Guadeloupe au début de l’année 1795 mais de nouveau envoyé par les autorités républicaines à Sainte-Lucie. Il est envoyé par la suite à Saint-Vincent où les Caraïbes noirs se sont révoltés contre les Anglais. De nouveau fait prisonnier puis déporté en Grande-Bretagne puis libéré en septembre 1797, il revient en Guadeloupe à la fin de l’année 1799 comme aide de camp de Baco puis de Lacrosse.

En janvier 1802, Delgrès qui a été promu au grade de Colonel par Pelage, est placé à la tête de l’arrondissement de Basse-Terre. En mai 1802, il décide de s’opposer par les armes aux troupes du Général Richepance qu’il soupçonne de vouloir rétablir l’esclavage. Après de durs combats, il évacue le fort Saint-Charles et se replie sur les hauteurs de Matouba. Richepance fait donner l’assaut à l’habitation Danglemont (Matouba) où Delgrès avait établi son quartier général. Blessé, Delgrès décide de se suicider avec plusieurs centaines d’hommes en faisant sauter des barils de poudre. Cette mort dramatique, survenue le 28 mai, en fait un figure hautement symbolique.

Proclamation de delgrès

La proclamation de Delgrès signée le 10 mai 1802

Colonel d’infanterie des forces Armées de la Basse Terre

A L’UNIVERS ENTIER LE DERNIER CRI DE L’INNOCENCE ET DU DESESPOIR.

“C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée d’élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître, lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.

Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le Gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèle. La patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne connaissons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait ~ connaître son arrivée que par une proclamation, dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. A ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle . . .

Oui, nous aimons croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie. Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la-Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire, les maximes de la tyrannie la plus atroce sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient a un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes, malheureusement trop puissants par leur éloignement de, l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage. Et vous, Premier Consul de la République, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer !

Ah ! Sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence ; mais il ne sera plus temps, et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine. Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, â moins qu’on ne veuille vous faire un crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, ~ vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation.

La résistance â l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! Accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.”

Le commandant de la Basse-Terre,

Louis DELGRES.

Source : http://journal-justice-martinique.com/louis-delgres-un-homme-prestigieux-dont-lhistoire-se-souvient

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