L’HYMNE NATIONAL SUD-AFRICAIN

L‘hymne national sud-africain en cinq langues, repris durant la cérémonie funèbre officielle d’hommages à Nelson Mandela mardi, est l’un des grands symboles d’unité multiraciale laissé en héritage par l’ancien président. Incarnant la nouvelle Afrique du Sud démocratique, à côté du drapeau multicolore et de sa Constitution très libérale, l’hymne a remplacé en 1997 « Die Stem Suid-Afrika » (La voix de l’Afrique du Sud) en vigueur sous la domination blanche et dont il inclut cependant une strophe.

Fruit de plusieurs mois de travail d’un comité de 16 sages, musicologues et linguistes, il fut présenté à Nelson Mandela, premier président démocratiquement élu, lors d’une réunion de cabinet par le compositeur zoulou Pr Mzilikazi Khumalo. « Une fois achevé notre travail, le Pr Khumalo, qui était le porte-parole de notre comité, s’est rendu au conseil des ministres et il a chanté ce que nous suggérions… – sans doute l’une des rares fois où l’on a chanté en conseil des ministres », raconte le chef d’orchestre sud-africain Richard Corck. « Quand il est revenu, il nous a dit que Mandela était très content du résultat et qu’il avait été applaudi », se souvient-il.

« Il fallait faire place à toutes les langues »

Initialement, un rapport de la Commission des emblèmes nationaux, publié en octobre 1993, avait recommandé la réunion des deux hymnes jusque-là distincts, « Die Stem » et « Nkosi Sikelel’iAfrika » (Dieu bénisse l’Afrique), un cantique écrit vers 1897 en xhosa, la langue maternelle de Mandela, par son compatriote Enoch Sontoga. Chant religieux au départ, « Nkosi Sikelel’iAfrika » était devenu un chant de libération pan-africain, et avait été adopté provisoirement, dans des versions locales, comme hymne national par la Zambie, la Namibie et le Zimbabwe au moment de leur indépendance. Il est encore l’hymne de la Tanzanie.

Le 20 avril 1994, le dernier président de l’apartheid Frederik De Klerk donnait aux deux hymnes fusionnés le statut d’hymne national. Mais Nelson Mandela, élu le 27 avril la même année, le trouva trop long et fit établir un comité pour le raccourcir. À compter de ce moment-là, « Khumalo a été en permanence en contact avec lui (Mandela) », rappelle M. Corck. « Évidemment tout un chacun veut avoir son propre hymne national, et réunir les différentes communautés dans un seul hymne national était casse-gueule. Il fallait faire place à toutes les langues, et il y en a onze officielles en Afrique du Sud, mais réparties entre l’anglais, l’afrikaans, les langues nguni (xhosa, zoulou) et les langues sotho. Et il y avait aussi beaucoup de pression », témoigne-t-il.

« Nous voulons parler de la vie »

Sans compter les susceptibilités propres à chaque groupe culturel, ou héritées du passé. Dans la dernière strophe chantée en anglais, souligne M. Corck, « la version originale disait Vivons et mourons pour la liberté… Mais je me rappelle le Pr Khumalo disant on a eu trop de morts comme ça, nous ne voulons plus parler de mourir, nous voulons parler de la vie et de l’espoir pour l’avenir et on a changé les paroles en Vivons et luttons pour que la liberté triomphe en Afrique du Sud, notre patrie ».

Des voix ont ensuite continuellement demandé la refonte de cet hymne que les Sud-Africains eux-mêmes ont parfois du mal à chanter. Ils n’arrivent tout simplement pas à prononcer les paroles dans les langues qu’ils ne maîtrisent pas, dans un pays où se juxtaposent des communautés variées, descendants de colons hollandais, de colons britanniques, d’immigrants indiens et de natifs africains.

Pour la Coupe du monde de rugby 1995, les Springboks devenus champions avaient appris à le chanter d’un trait. Richard Corck a souvenir que « jusqu’à il y a environ cinq ans, il y avait des programmes de radio où les auditeurs appelaient pour dire que l’hymne ne reflétait pas la nouvelle Afrique du Sud et était juste une sorte de patchwork de langues et qu’il fallait quelque chose représentant tout le monde… Mais comment faire, je ne sais pas, ce serait très difficile. »

Source :
http://www.lepoint.fr/monde/afrique-du-sud-l-hymne-national-sud-africain-un-symbole-multiracial-voulu-par-nelson-mandela-10-12-2013-1767092_24.php

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