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[CULTURE] FURCY, LE PREMIER ESCLAVE QUI ASSIGNA SON MAÎTRE EN JUSTICE

Longtemps ignorée, l’histoire de l’esclavage est aujourd’hui mise en lumière au théâtre grâce à l’affaire Furcy. Cet esclave de l’île de la Réunion fut le premier à assigner son maître en justice pour réclamer sa liberté.

C’est un cri venu d’un autre siècle. Le cri d’un homme qui se bat pour une cause juste. Le cri d’un homme qui réclame sa liberté. Nous sommes en octobre 1817, sur l’île Bourbon, l’actuelle île de la Réunion.

Hommes, femmes, enfants, les habitants ne parlent que d’une chose: le procès qui se joue au tribunal de Saint-Denis. Pour la première fois, un esclave tente de briser ses chaînes devant la justice.

Furcy est un «Malabar» ou «mulâtre» , né d’une mère indienne et d’un père inconnu. Un esclave au service de l’un des plus riches négociants de la région, Joseph Lory. Un homme à tout faire âgé de 31 ans et «estimé à 7.000 francs».

Mais à la mort de sa mère, il trouve un document qui prouve que celle-ci était en fait affranchie depuis de nombreuses années.

Furcy se découvre libre et réclame ce droit. Avec l’aide de Gilbert Boucher, le procureur général, il assigne son maître en justice. Mais face à eux se dressent les hommes les plus puissants de l’île, des propriétaires d’esclaves qui n’entendent pas perdre leurs privilèges.

Traité comme un criminel, Furcy perd son procès en première instance, puis en appel, avant d’être exilé sur l’île Maurice. Ce n’est qu’en 1843, 27 ans plus tard, qu’il finira par gagner son combat juridique devant la cour de Cassation, à Paris.

Un cas unique dans les annales

Le nom de Furcy a résonné pendant longtemps comme une légende, un conte sur un héros de la liberté, un récit tombé dans les méandres poussiéreux de l’histoire. Deux cents ans plus tard, ce procès, le plus long jamais intenté par un esclave contre son maître, est enfin en pleine lumière.

Sur la scène du théâtre du Tarmac, Hassane Kouyaté donne la parole à cet homme en quête de dignité. Dans un décor sobre, aidé par quelques musiques et des dessins, il fait résonner avec force les revendications de Furcy:

«C’est une histoire étonnante. Comment quelqu’un a pu tenir aussi longtemps face à la justice? ll permet aussi d’avoir des détails sur l’esclavage qui n’est pas vraiment enseigné. On parle souvent du commerce triangulaire, mais pas de la vie quotidienne», explique le comédien burkinabè.

Pour imaginer cette pièce, le conteur s’est basé sur le livre de Mohammed Aïssaoui, l’affaire de l’esclave Furcy. Pendant près de quatre ans, ce journaliste du Figaro, d’origine algérienne, a mené une véritable enquête pour retracer le parcours de ce «Malabar» de l’île Bourbon. Un travail fastidieux et captivant qui débuta en 2005, au hasard d’une vente d’un vieux dossier aux enchères de l’hôtel Drouot.

«Quand j’ai vu le titre de ces archives: « un esclave assigne son maître en justice », j’ai trouvé cela très intéressant. Je ne suis pas historien, mais je savais qu’une telle démarche, aller en justice pour briser ses chaînes, était un fait exceptionnel», raconte Mohammed Aïssaoui.

«Quand j’ai découvert en plus dans le dossier, qu’il y avait sept lettres signées de cet esclave, car il savait lire et écrire, j’ai su que c’était un cas unique dans les annales de l’histoire. Même aux Etats-Unis, on n’a pas de témoignage direct d’un esclave. On les obligeait à ne pas être instruit.»

 

De Paris, à l’île de la Réunion, en passant par l’île Maurice, le journaliste part sur les traces de Furcy. Il retrouve la prison où il fût jeté avant son procès, le quartier où il vécut et, bien sûr, les lieux où il sua sang et eau aux ordres de son maître:

«Si j’avais su que j’allais mettre autant de temps, je n’aurais peut-être pas commencé, mais ce qui m’a fait tenir, c’est la détermination de Furcy. J’ai vraiment eu un sentiment irrationnel. Je me suis dit qu’il m’avait appelé au secours et que je devais répondre à son appel.»

L’affaire de l’esclave Furcy, jusqu’au 15 décembre au Théâtre du Tarmac à Paris.

Source : slateafrique.com

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