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Africa’s Equestrian Sport : quand l’un des rares cavaliers noirs de France veut que les Africains investissent dans les chevaux

L’Afrique a connu de nombreux empires cavaliers tels que l’empire du Kanem-Bornou (nord du Tchad), l’empire du Mali, l’empire songhaï (Afrique de l’Ouest) ou encore le Royaume du Bénin. Dans la culture africaine, l’équidé est symbole d’autorité et un indicateur de la position sociale. Avec ses sept races de chevaux locales, ainsi qu’une trentaine de races non indigènes, l’Afrique du Sud est aujourd’hui considérée comme le pays le plus équestre du continent. Pour le reste,  le patrimoine équestre africain est menacé, en raison de l’insécurité et de la pauvreté les choses ont bien changé depuis le XIIIème siècle, mais un  jeune cavalier martiniquais veut changer le cours de l’histoire.

Africa’s Equestrian Sport, a pour ambition de redonner aux cavaleries africaines leurs lettres de noblesse. Son fondateur, Steed Duranty, un jeune cavalier de 30 ans formé au CFA du cheval de Maison Laffitte (Yvelines), a plusieurs casquettes. Compétiteur sur le circuit de la société hippique française, il est finaliste du cycle 4 ans en 2008. Le natif de Fort de France (Martinique) se lance également dans l’entreprenariat et veut s’ériger en intermédiaire entre la diaspora et l’Afrique pour l’achat, la valorisation et la commercialisation de chevaux de sport qu’il aura entraînés et soignés. Il entend développer une écurie privé de chevaux de compétition de haut niveau. En près de vingt ans d’expérience, Steed Duranty, a appris des meilleurs et a fréquenté les écuries les plus prestigieuses d’Europe telles que celles de Paul Schockemöhle – le plus grand marchand de chevaux d’Europe -, Denis Lynch et Mathilda Karlsson.

L’aide ne viendra pas des autres

Son entreprise a pour volonté de créer un pont entre l’Europe et l’Afrique afin de favoriser le transfert de compétences. Steed Duranty souhaite “transmettre tout ce qu’[il] a appris. Pour ce faire, son champ d’action repose sur trois piliers : l’éducation, l’encadrement et le commerce. Selon le cavalier émérite, “au sein du continent, tous les ingrédients sont réunis pour produire des éléments de qualité. Les jeunes ont des aptitudes physiques naturelles”, s’émerveille-t-il. Et de poursuivre : “Il leur faut un modèle auquel s’identifier, un mentor. Nous avons tout pour produire des sportifs de haut niveau. Les Noirs ne doivent pas seulement être présents dans le football ou dans le basketball. Nous avons les facultés d’être autant compétitifs dans le cheval, à savoir dans le jumping, ou encore le saut d’obstacle. Il ne faudrait pas que cet héritage [séculaire] nous échappe.” L’expert équin a tout de même relevé de nombreuses insuffisances : si les cavaliers africains maîtrisent la technique, ils restent à la traîne dans le domaine de la compétition. L’instauration d’académies équestres serait un moyen de former les jeunes de l’Afrique, ainsi que de la diaspora sur le modèle structurel sport-étude, afin qu’ils soient demain les acteurs du secteur hippique africain. 

La scène équestre européenne, un univers incolore

Pour réaliser ses projets, Steed Duranty invite les Africains de la diaspora à rejoindre sa cause. Le jeune entrepreneur considère qu’il incombe aux Afro descendants de préserver leur patrimoine équestre et d’agir en conséquence. Mais l’Afrique n’a pas toujours été sa priorité. Conscient de sa différence, en évoluant sur la scène équestre européenne, le jeune martiniquais a longtemps serré les dents alors qu’il était confronté au racisme et à la discrimination de la part de ses pairs. “Dans ce milieu on peut compter les Noirs sur les doigts d’une main, il n’y a personne pour nous représenter”, raconte-t-il. Et d’ajouter : “Conscient qu’il s’agissait de ma réalité, j’ai d’abord accepté le racisme et j’y répondais en devenant excellent dans ma discipline. J’ai une force divine qui m’a accompagné et a animé ma passion. […] Au départ, je ne voulais pas me rapprocher de l’Afrique car je ne comprenais pas les moqueries de mes semblables. Mais avec le temps, j’ai réalisé que ce n’était pas les Occidentaux qui promouvraient ma carrière. C’est aux Africains, à nous-mêmes, de valoriser notre patrimoine. L’aide ne viendra pas des autres.” Le jeune antillais reconnaissant envers son précieux héritage africain, projette par ailleurs de prendre une double nationalité afin de marquer son affiliation au berceau de l’humanité.

Ces dernières années, des festivals équestres ont vu le jour en Afrique, notamment au Burkina Faso avec le festival international des arts équestres, ou encore le festival du Durbar au Nigeria. Bien qu’ils contribuent au rayonnement de l’Afrique d’un point de vue international, ces rendez-vous annuels ne dépassent pas le domaine de l’évènementiel et le continent demeure absent aux compétitions d’envergure. Africa’s Equestrian Sport, pourrait être la pierre angulaire de la renaissance des grandes écuries africaines. Lorsque l’on interroge le cavalier noir de France sur ses plus grands rêves, le visionnaire s’exclame : « J’aimerais qu’aux Jeux olympiques de 2028, l’Afrique puisse défendre ses couleurs sur l’arène équestre. »

Naomi Mackako

Retrouvez Steed Duranty sur Instagram : @steed_duranty

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