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[ACTUALITÉ] LA ROCHELLE : UN ENSEIGNANT AURAIT REÇU DES MAILS RACISTE, ON LUI REPROCHE SES RÉPONSES

La carrière d’Alioune Gueye a peut-être basculé pour une copie trop longue. Cet attaché temporaire d’enseignement et recherche (ATER) sénégalais à la faculté de droit public de La Rochelle préparait sa thèse et assurait des travaux dirigés (TD), quand il a reçu, le 14 novembre dernier, un mail d’un étudiant vexé de s’être vu refuser la correction d’une copie de plus de 4 pages, limite imposée par le professeur responsable du cours. « Je doute fort qu’un Africain puisse faire de tels corrigés », écrit au passage l’étudiant de 22 ans dans un texte particulièrement long et agressif.

« J’ai aussitôt transféré ce mail à ma hiérarchie », précise l’enseignant-chercheur. « Personne n’a réagi. » Il répond à l’étudiant et reçoit, deux jours après, de nouveaux contenus du même ordre : « Je le répète, un Africain ne peut pas faire de telles corrections, c’est mon humble avis. » Quelques jours plus tard, le doyen de la fac de droit prend enfin contact avec Alioune Gueye mais, à sa grande surprise, lui reproche ses réponses.

« Ce qu’a écrit l’étudiant est inadmissible. Nous nous apprêtions à le traduire devant un conseil de discipline », déclarent en chœur ou presque le président de l’université Gérard Blanchard et le doyen André Giudicelli. « Mais nous nous sommes aperçus qu’il y avait des intimidations de la part de M.Gueye à l’encontre de l’étudiant. » L’intéressé admet avoir écrit sous le coup de la colère : « Ce problème nous le réglerons quand vous voudrez en dehors de la fac (vous et moi quand nous nous retrouverons seuls dans un endroit). »

« Jamais de ma vie je ne me suis emporté comme ce jour-là », se souvient Alioune Gueye. « Comme si les Africains n’étaient pas capables d’être brillants ! J’ai toujours eu l’impression de devoir prouver deux fois plus que les autres. C’était un point sensible. Curieusement, à partir de ce moment, je n’étais plus la victime. L’affaire a été traitée avec beaucoup de légèreté. »

Le doyen change l’étudiant de TD mais sans réclamer d’excuses, sans prononcer de sanction. « Il m’a montré des mails dans lesquels les phrases racistes ne figuraient pas », se défend André Giudicelli. « Je n’avais pas de preuve. » Ce qui revient à envisager que la phrase ait pu être ajoutée par l’enseignant… Le président explique que la procédure envers l’étudiant a été stoppée « pour protéger M. Gueye. Si nous traduisions l’étudiant devant un conseil de discipline, M. Gueye aurait aussi été sanctionné pour ses menaces. L’étudiant nous menaçait d’aller au pénal. Nous avons préféré régler les choses à l’amiable. »

L’affaire aurait dû s’arrêter là. C’était le souhait d’Alioune Gueye, concentré sur sa thèse, dont la soutenance est prévue pour avril 2014. « Mes relations avec mes collègues se sont brusquement détériorées », raconte-il, évoquant un « harcèlement moral ». « Puis un mail lapidaire m’a informé que mon contrat d’ATER n’était pas renouvelé. Malgré mes démarches, personne ne m’en a jamais donné les raisons. Tous les ATER sont reconduits, sauf moi. » Le Sénégalais avait pourtant été classé premier sur ces compétences et son parcours lors de son recrutement. Pire, il a déposé des dossiers dans trente universités françaises et a reçu, à ce jour, 28 réponses négatives.

« Une des facs, enthousiaste au début, m’a fait savoir qu’elle renonçait, sans me dire pourquoi. Et le poste est toujours disponible ! » Comment ne pas lier la première affaire et ces portes qui soudain se ferment dans un monde universitaire réputé pour son corporatisme et son incapacité à digérer les remous ?

L’université nie tout lien entre les deux épisodes. « Nous avons favorisé de jeunes doctorants rochelais », explique Gérard Blanchard, rappelant que l’ATER évincé venait de Toulouse. « Rien n’indique aujourd’hui un recrutement irrégulier. M. Gueye peut apporter des preuves devant le tribunal administratif, je l’engage à le faire. » Ce qui prendrait beaucoup de temps. Alioune Gueye, qui répète à l’envi que ces arguments ne sont pas fondés dans ce genre de procédure, a écrit au ministère de la Recherche et s’évertue à sortir de cette impasse injuste.

« Personne n’a jamais remis en cause la qualité de mon travail. J’ai peur d’avoir tout perdu alors qu’au départ, c’est moi, la victime. »

Pour l’université, l’affaire tombe mal, quatre mois après la polémique déclenchée par un enseignant sur une pièce de théâtre montée à la fac, qu’il jugeait antisémite

source : http://www.sudouest.fr/2013/09/09/des-mails-racistes-non-punis-1162798-1391.php

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