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[ACTUALITÉ] LE CÔTÉ OBSCUR DE L’OPÉRATION SANGARIS EN CENTRAFRIQUE

Cinq jours à peine après le début de l’opération Sangaris en République centrafricaine, deux soldats français ont été tués lors d’un échange de tirs à Bangui, la capitale du pays.

Ces soldats tombés au front dans la nuit du 9 au 10 décembre sont les premières victimes françaises du chaos centrafricain et viennent s’ajouter à la liste des quelque 400 morts enregistrés ces derniers jours dans la seule ville de Bangui.

Comme on l’imagine, ces premières pertes n’ont pas entamé la détermination des autorités françaises qui ont aussitôt renouvelé leur confiance au millier et demie de soldats engagés pour rétablir la sécurité en République centrafricaine, aux côtés des forces de la Misca. Un objectif qui passe nécessairement par le désarmement des milices qui sèment la terreur dans le pays.

Le président français, François Hollande, a réaffirmé cet objectif le 7 décembre dernier, au terme du sommet de l’Elysée consacré à la paix et à la sécurité en Afrique. S’exprimant sur la situation en Centrafrique, il a lâché, imperturbable:    «On ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien pu faire, voire même a laissé faire, et (…) l’idée est d’aller le plus vite à des élections.»

La déclaration du président français a été peu commentée par les médias en France. Et pourtant, elle est gênante, lourde de sens et de conséquences. En évoquant en des termes aussi peu diplomatiques, Michel Djotodia, l’ex-chef rebelle aujourd’hui au pouvoir et auteur du coup d’Etat contre François Bozizé, en mars 2013, François Hollande n’a rien fait d’autre que jeter un doute sur les véritables objectifs de la campagne militaire française en Centrafrique.

Est-ce seulement pour «rétablir la sécurité» dans ce pays et aider les forces africaines déjà présentes sur le terrain à stopper la descente aux enfers que l’opération Sangaris a été décidée? Ces propos ont surpris parce qu’ils ramènent à des heures souvent sombres des relations entre la France et l’Afrique, cette «Françafrique» habilement mise en place dans les années Foccart et tant décriée par François Hollande lui-même. Ils nous ramènent à l’époque des coups d’Etat à répétition, celles des alternances floues derrière lesquelles d’aucuns voyaient souvent, à tort ou à raison, la main de la France.

En entendant de telles déclarations, comment peut-on ne pas imaginer que dans nombre de situations, tout au moins dans cette partie-là du continent, c’est bien souvent la France qui tire les ficelles. Ou qu’elle peut décider de ce qu’elle veut et se débrouiller pour l’imposer.

Dans le cas de la Centrafrique, les exemples ne manquent pas. Le plus flagrant étant les opérations Caban et Barracuda lancées en 1979 dans cette ex-colonie française. La première aboutit au coup d’Etat du 21 septembre 1979 qui chassa l’empereur Bokassa du pouvoir, lequel y était arrivé lui-même par un putch contre David Dacko en 1966, et de réinstaller ce dernier. La deuxième, plus spectaculaire, visait à «sécuriser» le nouveau pouvoir de David Dacko… Bienvenue au royaume d’Ubu!

L’Afrique équatoriale française. Bokassa. La Françafrique. L’Opération Barracuda… Trente ans plus tard à Bangui, l’histoire bégaie encore

— christophe colinet (@christreporter) 26 Décembre 2012

Les risques d’une catastrophe étaient évidents en Centrafrique car Michel Djotodia n’est pas un saint. Pas du tout! Il est le principal responsable de ce carnage. Ce type est un voyou qui n’a aucune vision pour son pays et ses pseudo-rebelles de la coalition Séléka ne sont que des bandits sans foi ni loi et des meurtriers qui sèment la terreur partout en Centrafrique.

Il fallait agir plus tôt
Quand la Séléka a perpétré des exactions, avant même son entrée à Bangui, personne n’a levé le petit doigt. François Bozizé, quant à lui, était loin d’être un ange. Mais lorsqu’il appelait la France au secours, en mars 2013, il savait de quoi il parlait. Certes, il demandait en quelque sorte à Paris de l’aider à se maintenir au pouvoir, mais il savait surtout que Djotodia et la Séléka allaient plonger le pays dans un chaos sans nom.

Or, la réponse de François Hollande à ce moment-là fut un non catégorique. Pourtant, si on voulait éviter la barbarie, c’est dès ce moment-là qu’il fallait agir. Bien entendu, une opération de l’envergure de Sangaris n’était peut-être pas nécessaire lors des violences qui ont précédé le coup d’Etat de mars 2013. Mais il était encore possible, d’une façon ou d’une autre, d’aider à stopper ces affrontements.

Et aujourd’hui, les victimes se comptent par milliers… Donc si Michel Djotodia «n’a rien pu faire, voire même a laissé faire», c’est aussi parce qu’on l’a laissé faire.

Dans tous les cas, si l’intervention militaire française ne vise pas à faire partir Djotodia, comme cela fut le cas pour Bokassa avec l’opération Barracuda, Paris semble déjà «préparer» sa succession. Dans cette optique, Nicolas Tiangaye, l’actuel Premier ministre, reste la seule figure politique susceptible de maintenir l’unité nationale, et la solidarité entre Centrafricains.

Mais avant de dégager qui que ce soit, si jamais c’était l’un de ses objectifs cachés, l’opération Sangaris devra d’abord réussir à sécuriser le pays. Ce qui est loin d’être une tâche simple: il faudra beaucoup de moyens, le pays est étendu (presqu’aussi grand que la France) et les forces en présence hétéroclites. Et allez faire une «guerre» quand vous ne savez même pas vraiment qui est l’ennemi.

Raoul Mbog

Source: slateafrique.com

Pour lire l’article: http://www.slateafrique.com/420833/centrafrique-ne-nous-pas-tout-dit-sur-operation-sangaris

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