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Abou Bakar Sidibé, l’ancien migrant devenu réalisateur

Abou Bakar Sidibé est un jeune malien natif de Lafiabougou, non loin de Bamako. Né en Côte d’Ivoire d’une famille polygame, il a grandi au Mali et y a décroché une maîtrise en anglais. En 2011, suite à une longue période de maladie et dans un Mali en proie à l’explosion, il décide de prendre son sac et tenter l’aventure. En réalité, il envisage de traverser la méditerranée pour refaire sa vie en Europe. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans un voyage qui aura duré plus de trois ans, son objectif premier étant de rejoindre l’Angleterre. Mais il a fini par se retrouver en Allemagne où il espère avoir un titre de séjour définitif et devenir réalisateur professionnel.

Arrivé à Gao et n’ayant plus de quoi payer le reste du trajet, il s’est vu obliger de vendre un complet en basin à 7 500 francs CFA, ce qui lui a permit de rejoindre le Burkina Faso. Une fois là-bas, il a dû se résoudre à mendier pour avoir de quoi manger. Quelques fois acculé, il bradait ses derniers vêtements contre des petites sommes dans l’espoir de continuer le voyage. « Au bout de quelques jours, je n’avais plus rien à vendre : c’était de nouveau la galère. J’ai donc demandé 25.000 francs à mon cousin en Guinée-Équatoriale pour financer mon voyage sur Niamey via Ouagadougou. Mais une fois à Niamey, les échos qui me sont parvenu de la Lybie ne m’ont pas rassuré », relate Abou Bakar Sidick.

Découragé par les témoignages d’autres migrants sur le chemin du retour, il retourne au Mali. À Gao, il fera la rencontre d’un jeune guinéen avec qui, ils décident de rejoindre l’Espagne. Ils font ensuite la rencontre d’un ami d’enfance à Abou Bakar. « Cet ami nous a offert le gîte et le couvert pour plusieurs semaines, mais je lui ai clairement indiqué que mon souhait était d’aller en Europe », explique t-il. Il reprend ainsi la route et arrive en Algérie où il apprend par son frère cadet, lui aussi en route pour le Maroc, qu’il est possible d’être en Espagne sans quitter le sol africain. Les deux ont plus tard rejoint le Maroc où ils se sont cachés dans la forêt de Gourougou.

C’est dans ce camp de fortune que va se jouer son destin, sa rencontre avec le cinéma. Antena 3, une chaîne espagnole venu réaliser un reportage dans la forêt le prend comme traducteur. Une fois le reportage diffusé, la magie des réseaux sociaux a fait le reste. « J’ai été contacté par plusieurs médias et équipes de reportages qui sont venus du monde entier », explique t-il. Dans la foulée, il fait la rencontre de Joseph Blasco, journaliste, et Estephan Wagner et Moritz Siebert, tous deux cinéastes. Les trois hommes lui proposent de filmer son quotidien dans le camp en échange d’une somme de 20 euros pas semaines.

Au dernier trimestre de 2014, il réussit à passer la clôture de Melilla. Quelques mois après, il rejoint l’Allemagne. Le film sur sa vie qu’il a coréalisé avec les deux cinéastes devient entre temps le documentaire le plus primé de Scandinavie en 2016. « Les choses sont allées vite en 2016 avec de nombreuses distinctions et des invitations à des festivals », déclare t-il. Entre 2014 et 2017, le film intitulé « Les Sauteurs » décroche près de 14 distinctions. Actuellement, Abou Bakar Sidibé suit une formation d’éducateur en Allemagne et espère obtenir le séjour définitif. « J’ai un cahier dans lequel j’ai noté toute mon aventure depuis mon départ du Mali… », affirme Abou Bakar.

Harris DJIRO

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