AFRIQUE DU SUD: AHMED KATHRADA S’EN EST ALLÉ‎


AFRIQUE DU SUD: AHMED KATHRADA S’EN EST ALLÉ‎

Frère en amitié, frère en politique, tout simplement frère en humanité de Nelson Mandela, figure historique et emblématique de la lutte anti-apartheid, Ahmed Kathrada a rendu l’âme ce mardi. L’occasion pour nous de plonger dans notre passé et revoir qui était « l’Oncle Kathy », ce combattant de la liberté qui a passé vingt-six années de sa vie derrière les barreaux durant la période apartheid.
Ahmed Kathrada laisse un héritage politique fort. Combattant de la première heure, il a voué sa vie au combat anti-apartheid. Il était le meilleur ami de Nelson Mandela. Zenani Mandela, émue aux larmes du fait de la disparition de cet illustre affirmait ce mardi 28 mars « Il fait partie de ces personnes qui entrent dans votre vie et n’en partent jamais ».
D’origines indiennes, Ahmed Kathrada est né le 21 août 1929 à Schweizer-Reneke, à 200 km au sud-est de Johannesburg. Très jeune (dix ans), il distribue déjà des tracts politiques, colle des affiches. À peine deux ans plus tard, il rejoint la branche jeunesse du parti communiste sud-africain (‎la Youth Communist League of South Africa). Il est arrêté et emprisonné pour la première fois après avoir protesté contre l’Asiatic Land Tenure Act et l’Indian Representation Act, limitant la représentation des Indiens et instaurant la ségrégation (restriction de l’espace où l’on peut habiter, devenir propriétaire et faire commerce). Nous sommes là en 1946, il n’a alors que 17ans.
La première rencontre avec celui qui deviendra l’un de ses amis les plus intimes, Nelson Mandela, à lieu au sein du lycée du jeune homme. Nelson Mandela est alors un étudiant en droit.
Ahmed Kathrada était pour le moins, très engagé. Il a pris part à la grève générale du 1er mai 1950, mais également à l’organisation « Congress of the People » qui s’est tenu en 1955 à Klipton, dans la banlieue de Johannesburg. Là y a été adoptée la Charte de la liberté, acte de naissance de l’ANC. Pour cela, lui et quelques 155 autres membres du mouvement, seront inculpés pour haute trahison avant d’être plus tard acquittés.
À 34 ans, il sera le plus jeune condamné du procès de Rivonia. Un procès qui s’ouvre en 1963 à Pretoria et à l’issue duquel il sera condamné à la prison à vie. À ses côtés sur le banc des accusés, Nelson Mandela. Il‎‎ passera vingt-six ans derrière les barreaux, dont dix-huit à la prison de Robben Island et huit à la prison de Pollsmoor.
Suite à la fin de l’apartheid et à leur libération, Kathrada deviendra en 1994 député, conseillé de Mandela et même Ministre des services correctionnels. Il ne fera que deux jours à ce poste, pour son plus grand bonheur, puisqu’il l’acceptait à contre coeur, sans doute du fait de son passage dans les geôles du gouvernement ségrégationniste.
L’année dernière, il adressa une lettre ouverte au président Jacob Zuma, suite à plusieurs scandales impliquant ce dernier‎. Lettre dans laquelle il était demandé au président sud-africain de démissionner afin d’éviter d’aggraver la crise de confiance à l’égard des dirigeants du pays.
Attaché viscéralement à son pays, à certaines valeurs humanistes, ayant voué toute sa vie à combattre pour une Afrique du Sud meilleure, Ahmed Kathrada meurt en laissant un pays fracturé de l’intérieur, en pleine dérive constante et lente. Crise politique, sociale, xénophobie non dissimulée. Ce n’est certainement pas pour ce pays qu’ont luttés ces grands hommes. ‎« En ce moment crucial, nous devons continuer de faire vivre leur héritage, honorer ce qu’ils ont accompli et agir de sorte que leurs idéaux demeurent un fondement de ce pays » a déclaré, Zenani Mandela. ‎

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