DIÉBÉDO FRANCIS KÉRÉ , L’ARCHITECTE « MILITANT DU DÉVELOPPEMENT »

Beaucoup en ont rêvé, lui l’a fait ! Partir de son Burkina natal, pour aller se réaliser ailleurs, loin de la verdure qui caractérise le paysage africain. C’est en Allemagne, dans un paysage gris, jonché de murs hauts en béton, que Diébédo Francis Kéré, va travailler dur pour devenir un « partisan du développement », comme il le dit si bien dans l’interview portrait que lui consacre le journal ‘Le Monde’. À 20 ans, le jeune homme n’a qu’un objectif, rendre fière sa communauté, « La raison pour laquelle je fais ce que je fais, c’est ma communauté », celle de son village natal, Gando.

Les reves pleins la tête et le cœur plein de reconnaissance envers cette communauté qu lui avait témoigné tant d’amour, Diébédo attérit en Allemagne. Il réalise, le souffle coupé, l’écart entre ce paysage vert d’Afrique qu’il a toujours connu et ce pays industrialisé à l’extrême qu’il découvre. « Ce gris, ça m’a marqué », confiera t-il et plus encore son premier hiver pendant lequel la dégringolade des température avait surpris le jeune homme qu’il était à l’époque.

C’est d’abord un brevet de charpentier que le jeune homme va décrocher en Allemagne, mais celui qui est tant attaché à son pays natal comprend vite que travailler le bois dans un pays du Sahel ne sert pas à grand-chose, puisque les ânes les mangeraient bien vite. Puis une réflexion : «Nous ne pouvons plus nous permettre de copier le mode de vie et la façon de construire de l’Occident. Le béton est inadapté en Afrique », l’emmène a s’orienter vers l’architecture, bien qu’il se réserve le droit de l’utiliser pour les grosses structures, peut-on dans les lignes du journal Le Monde.

Trente ans après son départ, âgé de 51 ans aujourd’hui, Diébédo est un homme accompli. Le Burkinabé à la stature internationale est aujourd’hui en lice pour le prestigieux prix Pritzker, Nobel d’architecture qui doit être attribué ce mercredi 1er mars. Son travail remarquable, est la raison pour laquelle il s’est vu confier la conception du pavillon d’été 2017 de la Galerie Serpentine, haut lieu londonien de l’art contemporain et bâton de maréchal des stars de l’architecture. Il est par ailleurs à la tête d’un cabinet à Berlin, dans lequel il embauche une dizain de collaborateurs.

Bien qu’étant un architecte à succès et de renommée internationale, le succès ne lui est pas pour autant monté à la tête. Diébédo contribue au développement de sa communauté comme il s’en était fait la promesse. Une école où de milliers d’enfants sont d’ores et déjà scolarisés, des maisons pour les enseignants, une bibliothèque, une école secondaire, un centre destiné aux femmes – encore inachevé, dans son village. Mais il ne se limite pas à cela car ailleurs au Burkina, un lycée, des centres de santé ou encore le controversé « village-opéra » de Laongo, non loin de Ouagadougou, ont y été construits. Partout en Afrique on le réclame ! Il s’est d’ailleurs attelé au campus de Kogelo, dans l’ouest du Kenya, qui va coûter, d’ici à 2020, 12 millions de dollars (11,3 millions d’euros) à la Fondation Mama Sarah, la grand-mère de l’ancien président Obama.

Fier de ce qu’il est devenu le germano-burkinabé garde les pieds sur terre et dans son cœur, le rêve de refaire le futur Parlement de Ouagadougou, qui avait été détruit sous le règne de Blaise Compaoré , en 2014. C’est une pyramide étagée et semi-transparente, au sommet de laquelle les citoyens pourront s’asseoir pour découvrir, à leurs pieds, l’horizon : un symbole de la démocratie, que l’architecte imagine déjà.

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