​BLACK HISTORY MONTH: ALIOUNE DIOP OU LE SOCRATE NOIR

Alioune Diop est né le 10 janvier 1910 dans le nord du Sénégal, plus précisément à Saint-Louis. Brillant intellectuel, il a marqué son époque en jouant un rôle essentiel dans le cadre de la manumission des cultures africaines. Un précurseur de la pointure de Cheikh Anta Diop ou encore Mamadou Dia, il aura légué à la communauté noire à l’instar de son parcours, la revue Présence africaine dont il est le fondateur.

Élevé dans une famille musulmane, Alioune Diop, comme tout enfant au Sénégal a fréquenté l’école coranique «daaras». Mais quelques années plus tard, il se convertit au christianisme, religion qu’il découvre grace à ses tantes qui l’initient à la lecture de la Bible. Après un cursus élémentaire à Dagana, il obtient son baccalauréat en 1931. Il poursuit ses études en lettres classiques, à l’Université d’Alger, la même année qu’Albert Camus, alors en philosophie. Toujours dans une logique de poursuivre sa formation, il se retrouve à Paris où il obtiendra une licence de lettres classiques et un diplôme d’études supérieures.

Sénateur de la 4e République française en 1946 et membre incontesté de la SFIO (Section Française de l’Internationale Socialiste), ce profil lui vaudra sa place au conseil de la République au Sénégal. En 1948 toujours dans cette mouvance politique, il n’est pas réélu à ce poste pour un second mandat, son siège étant remporté par Mamadou Dia du BDS (Bloc Démocratique Sénégalais).

Par contre, il trouvera toute sa notoriété grâce à ses talents de fédérateur, d’unificateur et animateur culturel, en se vouant corps et âme à son penchant d’éditeur de revue littéraire, puis d’édition au sein de sa maison d’édition.

En 1953, la revue Présence Africaine commandite et finance le documentaire «Les statues meurent aussi», dont le thème est l’art nègre.

En 1956, il organise à la Sorbonne le panel des écrivains et artistes noirs qui réunira les intellectuels noirs de nombreux pays, soutenus par des écrivains et artistes du monde entier, et militant pour l’émancipation des cultures africaines, et en faveur de la décolonisation.

À l’aube des indépendances, Alioune Diop démarre en collaboration avec son homologue Léopold Sédar Senghor le premier Festival mondial des Arts nègres en 1966 à Dakar, dans un Sénégal plus que jamais indépendant, qui sera aussi l’occasion de la première commémoration du souvenir de l’esclavage dans le monde et le lieu des premières questions sur la réparation.

Épaulé par sa femme Yandé Christiane Diop, la soeur du très célèbre écrivain David Diop, les éditions Présences Africaines feront tâche d’huile dans le cadre de la littérature africaine. Les éditions Présence Africaine ont publié, entre autres, les premiers écrits du romancier Mongo Béti et du poète David Diop, ainsi que Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire.

Alioune Diop meurt le 2 mai 1980 à Paris, à l’âge de 70 ans et Léopold Sédar Senghor lui avait rendu un brillant hommage, le désignant comme un «Socrate noir», plus soucieux des autres que de produire une œuvre personnelle ambitieuse. 

Malgré la noblesse de son combat, son histoire n’est enseignée nulle part dans les programmes scolaires.

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