PLUS DE 5000 MIGRANTS ENGLOUTIS PAR LA MÉDITERRANÉE EN 2016

Une année meurtrière! C’est cela qu’aura été 2016 pour le monde qui aura été marquée par la recrudescence des attentats, des manifestations meurtrières au sein des dictatures africaines, des catastrophes naturelles, notamment pour Haïti qui s’est retrouvée une fois encore envahie par les eaux. Mais par-dessus tout, 2016 aura été meurtrière pour plus de 5000 migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée en quête d’un avenir meilleur.

Pourtant, cette année-là, beaucoup moins de migrants ont tenté de traverser les eaux meurtrières de la Méditerranée. L’OIM (Organisation Internationale des Migrations) prétend qu’ils ne seraient que 360.000 en 2016 à avoir voulu entreprendre cette traversée, contre plus d’1 million en 2015. Pourtant, c’est bien en 2016 qu’elle enregistrera le plus grand nombre de décès dans les eaux reliant la Libye à l’Europe, plus de 5000 morts, soit près de 20 morts par jour, rapporte l’OIM qui n’hésitera pas à comparer cette tragédie à la guerre du Yémen.
Les causes de ces drames ne sont pas nouvelles. Ce sont des peuples qui fuient l’oppression des dictateurs qui dirigent leur pays, le désordre violent de Somalie, la dictature de l’Érythrée, l’émergence de Boko Haram, la misère de l’Afrique de l’Ouest et centrale, rapporte RFI. Autant de causes qui ne semblent pas en voie d’amélioration pour cette année qui commence.

En septembre dernier, le journaliste érythréen Amanuel Ghirmai a fait le voyage à travers la Libye pour la station indépendante Radio Erena et une équipe de la télévision française. Il a parcouru le chemin que prennent les migrants avant de tenter de rejoindre l’Europe en embarquant dans des navires de fortune depuis les côtes libyennes. Il nous décrit ce qu’il a vu : « Nous avons rencontré des Erythréens, des Ethiopiens, des gens d’Afrique de l’Ouest aussi. Ils nous ont raconté à quel point leur voyage a été pénible. Les Erythréens de nos jours sont mieux traités, parce que les trafiquants savent qu’ils vont pouvoir payer. Mais les gens d’Afrique de l’Ouest nous ont raconté à quel point le voyage a été terrible pour eux. Dans le sud de la Libye, surtout dans la région de Koufra, ce sont des milices qui sont supposés contrôler le territoire, mais ce sont ces mêmes milices qui sont impliquées dans le trafic d’êtres humains. Et puis pour moi, en tant qu’Erythréen, ça a été assez frustrant, c’était une expérience difficile. J’ai été particulièrement attristé d’apprendre que des gens de l’ambassade d’Erythrée à Tripoli sont impliqués dans le commerce de migrants : des compatriotes qui ont demandé de l’aide à l’ambassade d’Erythrée se sont retrouvés livrés à des trafiquants. », livre-t-il encore ému par son expérience.
Pour leur prêter assistance, le prêtre érythréen Mussie Zerai (Moussié Zéraille) assure souvent la liaison entre les passagers des bateaux en perdition et les garde-côtes européens.

« Tous les ans, la situation empire. Beaucoup de gens meurent en mer, mais aussi dans le désert. Personne ne sait vraiment combien de réfugiés sont morts dans le désert en essayant de rejoindre le rivage ni combien sont morts en traversant les frontières, explique le prélat. Ces politiques répressives, ces accords bilatéraux, c’est plus de morts, plus de souffrance dans les centres de détention, plus de répression, et plus d’opportunités pour les trafiquants, pas pour les réfugiés. L’Union européenne coopère avec ces pays non pas pour protéger les gens, mais pour protéger les frontières. Au cœur de cette politique, il n’y a pas les êtres humains, mais une frontière. Je passe mon temps à dire aux réfugiés que la route est dangereuse, qu’ils prennent beaucoup de risques sur la route. Mais ils me répondent : OK, mais quelle est l’alternative ? Quel est notre avenir ? La vie abandonnée dans les camps de réfugiés ? Personne ne peut les arrêter. »
Ne dit-on pas que qui ne tente rien n’a rien? Ces 5000 disparus ont tenté de l’espoir d’un avenir meilleur au prix de leur vie.
NegroNews

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