L’USAGE DU « N WORD »

Dites le mot « nègre » et soyez sûr que dans deux cas sur trois, vous vous retrouverez face à quelqu’un qui va entendre quelque chose de péjoratif. Retour sur le « N word » du « my nigga » des rappeurs US au « nègre de maison ».

Le mot nègre veut tout simplement dire « de couleur noire » à la base. Il n’avait pas de connotation raciale jusqu’à l’esclavage. Avec le début de cette sombre période pour la communauté noire, le mot nègre était assimilé à celui d’esclave et a pris une connotation raciale, une connotation raciste, car cela semblait signifier que nous étions un peuple inférieur. Au XVIIIème siècle, les théoriciens raciaux s’appuient sur l’usage de ce mot pour montrer que les noirs seraient une variante étrange de l’espèce humaine, comme une sorte d’anomalie qui ne pourrait être érigée au même rang que les autres. Au XXème siècle, le mot nègre vient alors qualifier les personnes africaines ou d’origine africaine. Les intellectuels ont manifesté leur volonté d’enlever le sens péjoratif de ce mot et sont donc venus détourner ce mot, lui enlever son sens négatif dû au paternalisme colonial, en appelant nègre tout ce qui venait d’Afrique. C’est ainsi que l’on a pu voir apparaître « l’art nègre » mis en avant par des blancs comme Picasso qui s’en est d’ailleurs beaucoup inspiré ou encore Man Ray, mais aussi avec le concept de négritude qui met en avant la perspective identitaire des intellectuels noirs francophones avec Aimé Césaire et Léopold Sendar Senghor. Mais aussi par Marcus Graye et son United Negro Improvement Association (UNIA, toujours en activité), revendiquant alors terme « Negro » équivalent du mot « nègre ». Martin Luther King lui-même a pu se présenter quelquefois comme « an american negro ».

Aujourd’hui, où en sommes-nous avec le terme nègre ? Nous pourrions diviser la réponse en deux parties : une partie que l’on pourrait considérer comme percevant une connotation négative dans ce terme et une autre qui perçoit une quelque chose de positif. Pour parler de la partie négative, il semble important de remarquer que le mot « nègre » pour beaucoup de personnes portent un certain héritage colonial et prend quasi-directement une connotation raciale dans la bouche de quelqu’un de blanc. Rappelons-nous Laurence Rossignol qui parlait « des nègres américains qui étaient pour l’esclavage », quelques mots qui ont déclenché une réelle polémique, car dans la bouche d’un blanc, le mot nègre ramène à l’esclavage, au colonialisme. Puis il y a aussi l’utilisation du mot nègre dans « nègre de maison » qui désigne, pour certains, un noir trop docile. Un esclave moderne prêt à servir son asservisseur sans broncher. Étonnement pourtant, ce ne sont pas souvent les principaux concernés qui s’indignent de l’utilisation de ce mot, mais souvent les blancs eux-mêmes, une certaine honte de la connotation coloniale et donc de leur héritage les tenaillant sûrement. Pourtant, ne pourrait-on pas estimer que la connotation d’un mot ne dépend pas que de l’histoire, mais aussi du sens qu’on lui donne ?

Nonobstant, peut-on simplement réduire le mot « nègre » à sa connotation négative? La communauté noire a aussi su s’approprier ce mot qu’on lui avait imposé. Le mot « nègre » n’est plus relatif au fait d’être désigné comme noir simplement, on utilise ses dérivés anglophones comme « negro », « nigga », « nigger » (notamment dans les chansons) pour désigner un membre de la communauté, un frère en quelque sorte. C’est un sentiment d’appartenance, une fraternité. L’appellation « art nègre » n’est pas négative non plus, ce n’est que rendre à César ce qui est à César : l’art africain, l’art fait par des membres de la communauté noire. Plus récemment, Obama à lui-même employé un des dérivés anglophones lors d’une interview sur les bavures policières concernant les noirs américains. Étrangement, le terme « nègre » gêne beaucoup plus que ses homonymes anglophones. Pour les francophones, dire « nègre » étant inconvenant on utilise d’autres termes comme « black » ou « noir », contribuant ainsi à conserver l’a priori péjoratif envers le mot « nègre ».

NegroNews

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