[SOCIÉTÉ] CAMEROUN : TUER LA FÉMINITÉ POUR NOUS PROTÉGER

En grandissant, une petite fille se développe et devient femme. Qu’est-ce que devenir femme ? C’est voir son corps changer, des formes apparaître, des formes qui peuvent attirer le regard de certains hommes. Au Cameroun, contre le regard des hommes, les mères choisissent alors de tuer la poitrine de leur enfant.

Spatule chauffée, pétrole, pierre chauffée, venin de fourmi, sel… Le massage des seins est une mutilation culturelle au même titre que l’excision. Cette mutilation est souvent faite de mère en fille, dans l’intimité d’une cuisine, entre femmes. À la base, on l’effectuait afin d’aider la mère à produire un meilleur lait et d’éviter à ses enfants d’avoir les fesses rouges. Aujourd’hui, du fait du tabou du sexe, on préfère écraser les seins de sa fille afin d’éviter qu’elle attire le regard des hommes, hommes qui pourraient la toucher, la mettre enceinte, la violer ou tout simplement pour lui permettre de ne pas se marier de façon précoce et pouvoir continuer d’aller à l’école. La pratique est répandue au Cameroun où 20% de la région Nord-Ouest est concernée, mais aussi dans certaines communautés chrétiennes et animistes du continent. Les femmes font violence aux femmes, persuadées de les protéger contre les hommes. À dix ans, les petites ont la même poitrine qu’une femme de soixante-dix ans.

32% des femmes se plaignent de fortes douleurs mammaires, 17% ont des kystes et des abcès. Quand elles mettront au monde des enfants, beaucoup ne pourront pas allaiter ou difficilement et penseront que c’est un blocage psychologique. Pour le côté contraception, un tiers des camerounaises sont mères avant leurs 16 ans, peu efficace ce repassage des seins. De plus, ces massages favorisent le développement de cancer du sein. Plus que les violences physiques, la violence réside aussi dans la tête des victimes qui n’oseront pas se déshabiller ou qui subiront des moqueries. Les camerounaises, malgré tout cela, restent pour la plupart persuadées du bien fondé de cette action, 7% des jeunes filles concernées se le font elles-mêmes et un quart des camerounaises sont mutilées. Beaucoup d’entre elles reproduiront d’ailleurs la tradition sur leur fille.

Depuis 2006, Renata (Réseau national des associations de tantines) coopère avec l’Agence de coopération allemande afin de lutter contre abus et violences sexuelles et notamment contre cette mutilation méconnue et non-reconnue par la charte de protection des femmes. Le gouvernement Camerounais exhorte à la fin de cette pratique et mène une campagne contre sans pour autant prendre de réelles mesures. L’ancienne ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a tourné en ridicule la peine des Camerounaises en mettant en avant que nous étions nées la poitrine plate et qu’il n’était pas gênant d’avoir la poitrine ainsi de ce fait. Elle aurait aussi dit que le phénomène du repassage des seins n’étaient pas si terrible et qu’il se pratiquait « avec douceur, sans aucune violence ».

NegroNews

Commentaires

commentaires