[ACTUALITE] BURUNDI : TORTURE ET PARANOÏA

« C’est vous qui approvisionnez les rebelles. Que vous le vouliez ou non, Nkurunziza doit rester président. Vous allez devoir attendre au moins 200 ans pour qu’il y ait un président tutsi » ainsi parla un Imbonerakure lorsqu’il tortura un chauffeur de taxi.

Le Burundi est indépendant depuis 1962 et porte encore les traces de la colonisation belge, colonisation a pris l’aristocraie Tutsi comme pilier de son pouvoir, créant ainsi un sentiment de haine entre les deux ethnies, Tutsi et Hutu. Dès les années 60, les tensions entre ces deux peuples se font sentir et déboucheront sur des tueries qui seront sévèrement réprimées en 1962. Pourtant, la haine est toujours là et les affrontements se poursuivent dans les années 70 et 80. En 1993, la guerre civile burundaise fait rage et tue une dizaine milliers de civils tutsis, avant d’être réprimée comme l’insurrection de 1972. Pour rétablir la paix, les dirigeants décident d’instaurer une alternance ethnique, cependant en 2000 le CNDD-FDD (parti hutu) devient le parti majoritaire à l’Assemblée Nationale puis en 2005, l’ancien chef rebelle du FDD (actuel CNDD-FDD) Pierre Nkurunziza est élu au pouvoir. Il sera réélu en 2010 et en avril 2015, il décide de se représenter. Il sera élu et le Conseil Constitutionnel, sous pression, sera obligé de valider l’élection. Pendant ce temps, le pouvoir doit faire face à un coup d’état qui amènera à un remaniement dans une optique politique plus stricte et plus répressive.

Qu’est-ce qu’il faut entendre par « une optique politique plus stricte et plus répressive » ? Des arrestations arbitraires, des prisons en surpopulation, des prisons non-déclarées, de la torture, des assassinats, enlèvements, disparitions mystérieuses, une milice : les Imbonerakures soit « ceux qui voient loin, un Service National de Renseignement surnommé « la Documentation »,… Le président et son gouvernement, devenus paranoïaques, s’acharnent à dénicher des rebelles et autres opposants politiques. Dans un rapport de SOS-Torture Burundi, on dénombre 37 personnes arrêtées, principalement des jeunes hommes en général, un nombre imprécis de personnes interpellées lors de rafle, sept personnes assassinées dont une famille de trois personnes, une attaque armée à Bururi. Tout cela sur la semaine du 25 juin au 2 juillet 2016. On estime la population carcérale à 8 831 détenus, plus de la moitié étant en détention préventive, population carcérale en augmentation, car il y a un mois et demi, il y avait « seulement » 8 559 détenus.

Bien sûr, les victimes ne parlent quasiment pas et la justice ne mène aucune action pour punir ces violences. Dans un rapport du 7 juillet, l’ONG Human Rights Watch condamnait fermement les tortures et mauvais traitements faits aux opposants politiques, ces accusations ne sont que quelques-unes de plus parmi celles que fait l’ONG depuis des années. L’ONU a elle-même dénonçait 651 cas de tortures entre avril 2015 et avril 2016. Selon HRW « les cas de torture et de mauvais traitements semblent s’être de plus en plus généralisés et les techniques de torture semblent être de plus en plus brutales (…) S’il est difficile de déterminer l’ampleur exacte des abus, le nombre de personnes torturées par des agents du SNR à travers le pays est très probablement bien plus élevé que le nombre de cas documentés par Human Rights Watch », l’ONG détaille même les techniques utilisées « Ils ont frappé des détenus à coups de marteau et de barres en acier, telles celles utilisées dans la construction, leur ont planté des barres en acier aiguisées dans les jambes, ont versé du plastique fondu sur eux, ont noué des cordes autour des parties génitales des hommes, et leur ont envoyé des décharges électriques » . Cependant, tous ces rapports et accusations ne sont pas vains car en avril, la CPI a décidé d’entamer une enquête préliminaire sur la situation du pays.

NegroNews

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