[ACTUALITÉ] FIN DU PROCÈS DES DEUX GENOCIDAIRES RWANDAIS À PARIS

« Il n’a pas besoin d’être le pire des hommes pour accomplir le pire des crimes . » aurait affirmé le procureur général adjoint L. Hervelin-Serre à propos des deux hommes présents dans le box des accusés depuis presque deux mois à la cour d’assises de Paris.

En effet, le 10 mai 2016 la cour d’assises de Paris a ouvert de nouveaux dossiers concernant le génocide rwandais, connu de tous pour avoir été un des plus meurtriers du XXème siècle. Dans le box des accusés, deux hommes : Octavian Ngenzi et Tito BarahiraTito Barahira, bons pères de famille, bons maris, bons voisins. Et pourtant, ils comparaissent afin de répondre de leur crime, un crime contre l’humanité. L’avocat des victimes, Michel Laval, raillera cette image de bons bourgmestres justes et aimés de tous. Le procureur général adjoint appuiera son propos « Octavien Ngenzi a posé le point sur le i du mot génocide ». Plus que des coupables, l’avocat général, qui requiert une peine de prison à perpétuité assortie de 22 ans de sûretés, décrit Ngenzi comme le « dirigeant » et Barahira comme un « officiant de la machette ». Pour appuyer son plaidoyer en faveur d’une peine à perpétuité, ce dernier soutient la chose suivante « En France, certaines personnes sont condamnées à perpétuité pour un seul crime. Est-ce que le crime de 3 000 vies est moins grave ? ». Rappelons que le procès se déroule à Paris du fait de la compétence de la France en matière de crime contre l’humanité comme le rappelle Me Padou, avocat de l’association FIDH « Le racisme est une plaie de l’humanité. C’est pour cette raison que ces infractions qui atteignent l’humanité tout entière peuvent être jugées en France, en Belgique ou ailleurs », mais aussi que les victimes ne se sont pas constituées parties civiles et donc ne toucherons pas un sous du procès.

L’accusation officielle est celle d’un crime contre l’humanité, plus précisément l’accusation est liée directement au massacre qui s’est déroulé en avril 1994 dans un village de l’est du Rwanda, Kabarondo. Le crime des personnes exécutées sauvagement ? Être né tutsi. Me Goldman, avocate de l’association Licra, rappelle le message ayant motivé ce massacre « tuez-les tous pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils ont fait ». L’horreur prend tout son sens quand on sait que le plus gros de ce massacre a pris place dans l’église du village où 3 500 personnes ont trouvé refuges, hutu comme tutsi. Le 13 avril 1994, plus de 2 000 personnes seront exécutés dans l’église. Le curé, Oreste Incitimatata, témoin de la scène, a essayé d’aider les malheureux et de contrer les envies assassines des soldats. L’abbé, quant à lui, raconte qu’il s’habituera à voir la mort envahir la maison de Dieu, des bébés continuer à téter le sein de leurs mères mortes, la machette qui s’abat sans arrêt, sans être rassasiée de sang. L’horreur tient en ce que les deux bourgmestres, censés aimer leurs voisins, laisseront faire et même pire organiseront. Me Goldman dira « Barahira ne voit pas les corps. Mais bien sûr, il ne les voit pas parce que ce sont des « cafards ». ». Le massacre ne s’arrêtera pas à l’église, les soldats iront jusqu’à assassiner les survivants dans leurs lits d’hôpitaux. Le gros de l’œuvre à la grenade et les finitions à la machette.

Ce procès est le second de ce type à se tenir en France. Il a lieu aujourd’hui, 22 ans après les faits, bâti sur des témoignages oraux que personne n’ose contredire, même pas les accusés, sans preuve scientifique. On peut estimer qu’il soit assez ironique que des pays comme la France ou comme la Belgique soient reconnus de compétence universelle pour juger ce type de crime étant donné que la communauté internationale, plus précisément l’Occident, a refusé pendant longtemps d’employer le mot « génocide » pour ces actes de barbarie, préférant les termes « actes génocidaires » ou « massacres ». Rappelons que la Belgique a retiré ses soldats du territoire, soldats qui constituaient le plus gros des casques bleus. Rappelons que c’est l’ONU qui a refusé que les casques bleus fassent autre chose qu’une recherche d’accord en toute diplomatie. C’est aujourd’hui au Rwanda, 20 ans après s’être fait éventrer de l’intérieur, de panser ses plaies et l’Occident ne fait que lui tendre un pansement juridique afin de s’affranchir de la culpabilité de son inaction.

NegroNews

Commentaires

commentaires