[CULTURE] 24 NOVEMBRE 1965: MOBUTU PREND LE POUVOIR EN RD CONGO (EX-ZAÏRE)

C’était il y a 50 ans, jour pour jour, un coup d’Etat dirigé par le colonel Mobutu renverse monsieur Kasa-Vubu. Premier Président de la République démocratique du Congo.
Durant plusieurs années, la journée du 24 Novembre sera fériée « et payée » à travers toute la République.
Mobutu sera chassé du pouvoir par Laurent Désiré Kabila le 17 mai 1997. Mobutu ira en exil au Maroc où il mourra le 7 septembre de la même année.

Retour sur ses débuts au pouvoir (1965-1975)

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1965, Mobutu avait fait de la télévision nationale le relais de ses directives et usa de tous les moyens pour affermir ses positions. Ainsi, il n’hésita pas en juin 1966 à faire pendre publiquement quatre personnalités de l’ancien régime accusées de complot. Kasavubu, le président déchu, fit acte de soumission au nouveau pouvoir tandis que le très populaire Premier ministre Moïse Tshombe s’exila en Espagne avant de mourir quelques années plus tard … Avec un cynisme retors, Mobutu neutralisa les revendications des partisans du feu Lumumba en faisant de ce dernier un héros national, alors qu’il avait contribué à son assassinat ! Dès 1966, les contre pouvoirs furent neutralisés (Parlement, sénateurs, partis d’opposition) et l’appareil d’Etat fut grandement centralisé en réduisant le nombre de provinces pour affaiblir les liens tribaux. Le Congo passa d’une démocratie civile fédérale à une dictature militaire centralisée.

Une nation forte ne tolérait pas de logique tribale et Mobutu s’évertua à faire naître une conscience zaïroise. C’est ainsi que Mobutu l’unitariste inaugura une politique étatique d’exaltation nationale. En 1971, le Congo fut rebaptisé Zaïre, les prénoms chrétiens furent interdits et les villes du pays rebaptisées (ainsi Léopoldville devint Kinshasa, Stanleyville Kisangani et Elisabethville Lubumbashi). Ces mesures contribuèrent à affaiblir l’autorité de l’Eglise. Avec son ministre chargé de l’information, Mobutu conçut une politique culturelle à grande échelle sous le slogan de « Recours à l’authenticité ! ». Les costumes occidentaux furent interdits –au profit de l’abacost- et l’authentique zaïrois devint le contraire de l’évolué de l’époque coloniale.

Puis vint en 1974 le retentissant match de boxe entre Mohammed Ali et Georges Foreman à Kinshasa. Pas moins de 10 millions de dollars furent déboursés par le pays hôte pour attirer ces vedettes ainsi qu’un festival de musique dantesque. Kinshasa était encore surnommée « Kin la Belle » et il y faisait bon vivre, même si la population commençait à trembler devant les directives de son président. Néanmoins, il reste que les dix premières années du règne de Mobutu furent une période d’espoirs, d’attentes et de renouveau, certains voyant dans la répression la contrepartie d’un ordre assuré …

Le régime mobutiste recevait le soutien des Etats-Unis et par conséquent d’Israël où de nombreux militaires zaïrois allèrent faire leurs armes. Mobutu parvint à mater les dernières braises sécessionnistes dans l’est du pays et rétablit le pouvoir civil en 1968. Il fit pour la première fois des apparitions sans tenue militaire mais affublé de ses accessoires caractéristiques : sa toque en léopard et sa canne d’ébène sculptée à la main. En avril 1967, il avait fondé avec ses collaborateurs le Mouvement populaire de la révolution (MRP) qui devint le parti unique avec comme texte fondateur le Manifeste de la Nsele. Comme dans tous les régimes autoritaires à tendance patrimoniale, on assista à une confusion entre les biens public et privé et à une faible différenciation des institutions.

Mobutu canne ébène

Mobutu et ses attributs caractéristiques: la toque en léopard et la canne d’ébène.

Durant les années 1968 et 1969, les accrochages se multiplièrent entre les étudiants et le nouveau régime. Mobutu se fit réélire en 1970 et en 1977, toujours en tant que candidat unique et avec pas moins de 98% des suffrages.

De grands travaux d’infrastructures furent engagés, avec notamment la construction du barrage Inga sur le fleuve Congo qui permit de générer 351 mégawatt : les nouveaux quartiers de Kinshasa purent être alimentés en eau et en électricité, les égouts étaient fonctionnels, l’hôpital de Kinshasa tournait à plein régime … et les hommes et les femmes valides devaient fournir obligatoirement plusieurs heures de travail non rémunéré à l’Etat (le « salongo »). En 1967 également, la puissante Union minière fut nationalisée ce qui permit à l’Etat de profiter de l’envolée des cours du cuivre lors de la guerre du Vietnam. La monnaie fut remplacée la même années : un zaïre équivalait maintenant à deux dollars américains.

Mobutu assit son pouvoir durant les premières cinq années de son règne avant de gouverner avec de plus en plus de prodigalité. Les abondantes recettes de l’Etat permirent de préserver l’appareil de pouvoir mais se développa au Zaïre une véritable nomenklatura.

En 1973, la politique de « zaïrianisation » inspirée par la Chine communiste eut pour effet de transmettre la direction de l’ensemble des entreprises appartenant aux étrangers sur le sol zaïrois à des proches du pouvoir. Puis, avec la politique de « radicalisation », les entreprises furent rachetées par l’Etat avant de les rétrocéder en 1975 aux anciens propriétaires désabusés. La situation économique en 1974 devint intenable avec la chute des cours de cuivre et une inflation galopante.

L’appareil d’Etat était gangrené par le népotisme alors que l’économie périclitait lentement. Le régime de Mobutu perdit en vigueur d’action pour s’enliser dans la corruption et la répression.

Source: lentrelacs.wordpress.com

http://lentrelacs.wordpress.com/2013/08/13/10-le-debut-du-regne-de-mobutu-1965-1975/

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