04 MAI 1997 RENCONTRE HISTORIQUE KABILA – MOBUTU

Ce jour-là, le maréchal Mobutu Sese Seko rencontre Laurent Désiré Kabila (alors président de l’AFDL), sur « Outeniqua », navire de guerre sud-africain, ancré au large de Pointe-Noire/Congo-Brazzaville.

Pour ce tête-à-tête, chaque camp refusait le lieu proposé par l’autre. Les Etats-Unis d’Amérique avaient finalement apporté leur appui aux négociateurs sud-africains en proposant que la rencontre se tienne en mer. 


Mobutu était apparu affaibli car il était convalescent à la suite d’une opération de la prostate. Pour Mobutu, il s’agissait de négocier « un cessez-le-feu » tandis que Laurent-Désiré Kabila voulait « négocier les modalités » de la démission du Président Mobutu. LD Kabila avait alors soumis à Mobutu un document à signer par les parties au terme duquel Mobutu abandonnerait le pouvoir à l’AFDL comme autorité de transition et qu’il lui serait garanti sa sécurité et celle des siens, qu’il bénéficierait d’une retraite dorée, d’une garde personnelle et d’un secrétariat privé. Mais lorsque Mobutu était revenu dans la salle, c’était pour décliner l’offre au grand dam de Mandela.

Il dure quatre-vingt-dix minutes. Ce sommet de dupes ne débouche sur rien d’immédiat, Mobutu et Kabila ayant demandé un délai de réflexion de huit à dix jours avant de reprendre leur conversation. Leurs positions sont de toute façon inconciliables. Mobutu propose un cessez-le-feu, que rejette Kabila. Ses troupes sont à moins de 100 kilomètres de Kinshasa. Il a la victoire à portée de main. Entouré des deux adversaires, Mandela fait une courte déclaration, où il rend hommage… à Mobutu : “Il a très bien coopéré. Il comprend la responsabilité qui pèse sur lui.” Le contraste saute aux yeux entre un Mobutu sombre, abattu, et un Kabila au sourire rayonnant de la jubilation silencieuse des vainqueurs.

L’échec de la négociation d’Outeniqua était accueilli comme une douche froide à Kinshasa et du coup tout le monde s’était mis à l’attente des forces de l’AFDL de LD Kabila qui volaient de victoires en victoires sans résistance.

Le samedi 17 mai, les premiers kadogos (soldats) de Kabila entrent dans la capitale, où ils sont accueillis aux cris de “Libérateurs ! Libérateurs !”. Ils ne parlent que le swahili, ne comprennent ni le lingala ni le français. En marque de sympathie, des femmes étendent leurs pagnes devant leurs bottes. On leur donne de l’eau. La foule en liesse crie : “Mobutu voleur !” et piétine les photos du dictateur déchu. […] Le même jour, à Lubumbashi, Kabila s’autoproclame nouveau chef d’un État rebaptisé “République démocratique du Congo”. Il arrive trois jours plus tard à Kinshasa.

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