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‎[SOCIÉTÉ] FRANCE : LA LOI QUALIFIANT LA TRAITE TRANSATLANTIQUE DE CRIME CONTRE L’HUMANITÉ RÉDUITE À NÉANT

Par Claudette Duhamel, avocate au barreau de Martinique

Pendant que Mme Taubira se bat au nom de l’égalité pour le mariage homosexuel, la cour de cassation vient de réduire à néant, sa loi sur la reconnaissance de la traite transatlantique et de l’esclavage des noirs comme crime contre l’humanité. Elle n’a pas d’effet normatif. Cette loi ne serait aux yeux de cette haute cour de justice française, qu’une coquille vide, un ersatz de loi, un ectoplasme dépourvu de réalité.

S’il est certain que les homosexuels pourront désormais s’unir et créer une famille, au nom de l’égalité, les nègres continueront à être ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être : les damnés de la terre ceux qui continueront à se faire cracher à la figure sans aucun moyen de défense.

Grâce à la Cour de cassation, les békés et autres héritiers d’esclavagistes pourront continuer tranquillement et en toute impunité à parler des bienfaits de l’esclavage, à vanter les mérites de la pureté de la race. Ils ne courent plus aucun risque de se voir accuser de faire l’apologie d’un crime contre l’humanité. Ils seront dans leur bon droit.

Bravo ! Et Vive la France ! Vive la république française qui assure la liberté l’égalité et la fraternité, pour tous, les hommes, les femmes, et même pour les animaux domestiques protégés de la cruauté exercés à leur encontre. Mais me direz vous aux yeux de cette France des droits de l’homme le nègre a-t-il jamais fait partie de l’humanité, a-t-il même jamais fait partie du règne animal ?

N’oublions pas que pendant plus de trois siècles, il a été aux yeux du législateur français et des maîtres esclavagistes un meuble. C’est-à-dire une chose, un objet sans pensée, sans réflexion, sans intelligence, sans sentiment, tout juste bon à être utilisé avant d’être mis au rebut. Un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage, il est impensable pour la France d’admettre que les nègres puissent demander la condamnation d’un descendant d’esclavagiste. N’est ce pas leurs anciens maîtres qui finalement les ont accepté comme êtres vivants qui les ont éduqués, leur communiquant ainsi une sorte d’humanité auquel il ne pouvait prétendre en tant que meuble ?

« N’est ce pas assez d’avoir de mon gosier retiré votre cou a dit le loup à la cigogne la traitant d’ingrate, alors qu’elle lui réclamait un salaire pour l’aide qu’elle venait de lui fournir.

Cet arrêt de la cour de cassation me fait penser à cette fable de Lafontaine. La cour de cassation dit aux nègres n’est ce pas assez que nous ayons pris un décret abolissant l’esclavage et que nous vous ayons concéder de voter une loi reconnaissant qu’il s’agissait d’un crime contre l’humanité ? Comment osez vous aujourd’hui aller jusqu’à vous fonder sur loi qui n’en n’est pas une pour poursuivre devant les tribunaux un descendant d’esclavagiste à qui vous devez tant au prétexte qu’il a vanté les bienfaits de l’esclavage et de la pureté de la race ? Ne savez vous pas que nous n’avons jamais entendu donner à cette loi valeur de loi ? N’avez-vous pas compris que cette disposition législative n’est qu’un placebo, un leurre pour faire taire vos revendications, vous aider à vous souvenir et non pas pour vous donner les moyens de nous flageller ? Décidément les nègres vous n’êtes que des ingrats !

Et je me pose alors cette question : quelle est la valeur normative du décret d’abolition de 1848 ? Ce décret n’indique pas qu’il abolit le code noir, il ne dit pas un mot sur le statut de meuble. Il n’abolit pas le statut d’affranchi. Qui sommes-nous donc aux yeux de cette France qui aujourd’hui nous dit par la voix de sa plus haute juridiction que le blanc créole est dans son droit quand il nous écrase de son mépris ?

Le positionnement des hommes de pouvoir français, loin de nous atteindre doivent nous permettre de prendre conscience de la nécessité de tourner le dos à ce monde occidental en perdition … Alors, je n’ai pas peur, et toutes les cours de cassation du monde avec leurs décisions racistes ne pourront m’enlever cette assurance que nous sommes à l’aube d’un jour nouveau.

MATINIK KARAYIB, Foyal le 8 février 2013

C. DUHAMEL

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